
Vol de récoltes dans les champs, les producteurs ruraux inquiets
Des voleurs pénètrent dans les champs pour emporter des productions déjà coupées, en attente d’être mises dans les greniers. Une situation de plus en plus fréquente dans certaines zones rurales de la région de Maradi, qui inquiète les producteurs et constitue une véritable perte pour eux.
Des récoltes emportées avant leur stockage
Dans plusieurs zones rurales de la région de Maradi, les récoltes sont de plus en plus exposées aux vols directement dans les champs. Des gerbes de mil, mais aussi de l’arachide et du niébé, sont emportées avant même d’avoir été stockées dans les greniers. Cette situation fait peser une menace supplémentaire sur les revenus et les moyens de subsistance des producteurs.
À Tsumulmula, dans la région de Maradi, les récoltes sont régulièrement ciblées par des individus qui s’introduisent dans les champs. Abdou Idi, habitant du village, affirme être victime de ces vols depuis trois ans. Selon lui, plusieurs bottes de mil lui auraient été dérobées à chaque campagne.
« Chaque fois que je coupe le mil, le voleur vient prendre cinq bottes. L’autre année, il en a pris, l’année dernière, il en a également pris, et même cette année, il m’a volé », témoigne-t-il.
L’arachide et le niébé également ciblés
Le phénomène ne concernerait pas uniquement les récoltes de mil. De l’arachide et du haricot seraient également emportés dans certains champs. Des cas de vols seraient même signalés en pleine journée.
« Même avant-hier, derrière ma maison, quelqu’un a été victime d’une femme vue en train de prendre le mil des gens. Les gens l’ont vue en train de prendre, pensant que c’est pour elle, alors que c’est une voleuse », poursuit Abdou Idi.
Selon ce producteur, les pertes sont d’autant plus difficiles à supporter que les agriculteurs doivent encore faire face aux dépenses engagées pour la campagne agricole.
« En plein jour, on peut voir une femme avec un sac plein d’arachides de quelqu’un, et c’est la même chose pour le haricot. Tu n’as même pas fini de rembourser l’engrais et quelqu’un te vole ta production. » Explique Abdou Idi
Des produits volés qui seraient revendus
À El Tsanya, le même constat est fait par Ada Lema, cultivateur. Selon lui, le phénomène aurait pris une ampleur importante et impliquerait parfois des femmes et des enfants. Les produits dérobés seraient ensuite revendus à des receleurs.
« Les voleurs ont des complices chez qui ils amènent les produits volés. Et si on pouvait sanctionner plus durement le receleur que le voleur, les choses allaient diminuer », estime-t-il.
Pour Ada Lema, l’existence d’un marché pour les produits volés contribuerait à entretenir le phénomène.
Les anciennes stratégies communautaires
Face à cette situation, différentes stratégies de surveillance avaient été mises en place dans certaines communautés. À Nakoki, le recours aux Yan Banga, des groupes de jeunes chargés traditionnellement de la surveillance, était notamment utilisé pour protéger les récoltes.
Sa’adou Bara, habitant du village, se souvient de ce dispositif communautaire :
« Avant, les populations cherchaient les Yan Banga, la patrouille traditionnelle, car ce sont des jeunes qui sont formés, commune par commune. »
Selon lui, la crainte d’une humiliation publique pouvait autrefois avoir un effet dissuasif sur les personnes impliquées dans les vols.
Une menace pour les moyens de subsistance
Au-delà des pertes financières directement subies par les agriculteurs, le vol des récoltes pourrait fragiliser davantage les moyens de subsistance des ménages ruraux. Une partie de la production destinée à l’alimentation ou à la commercialisation étant soustraite avant même son stockage, la capacité des familles à disposer de leurs propres réserves alimentaires peut également être affectée.
À ces vols s’ajoutent, dans certaines exploitations, les dégâts causés par le passage du bétail dans les champs, constituant une autre source de pertes pour les producteurs.

