
Handicap visuel : après le bac, le difficile chemin vers l’université
« Pour l’université, nous espérons pouvoir bénéficier d’un accompagnement. Parce que s’il n’y a pas cette aide, tous les efforts que nous avons consentis risquent d’être réduits à néant »
À Maradi, six élèves vivant avec un handicap visuel ont décroché leur baccalauréat en 2026 au CES Bagalam. Une réussite qui devrait leur ouvrir les portes de l’enseignement supérieur, mais qui fait aussi naître une nouvelle inquiétude : comment poursuivre les études universitaires dans un environnement adapté à leur situation ?
Au Niger, l’accès à l’éducation constitue un droit pour chaque enfant. Pour les jeunes vivant avec un handicap visuel, parvenir jusqu’au baccalauréat représente déjà un véritable parcours de persévérance. Mais une fois le lycée terminé, un autre défi de taille se présente : l’accès à l’enseignement supérieur.
Manque de matériel adapté, difficultés de déplacement, absence d’accompagnement et accès limité aux opportunités de bourses sont autant d’obstacles susceptibles de compromettre la poursuite de leurs études.
Six candidats, six réussites au baccalauréat
Cette année, six élèves vivant avec un handicap visuel du CES Bagalam, anciennement CEG 1 de Maradi, ont été présentés à l’examen du baccalauréat, session 2026. Tous ont réussi.
Pour ces nouveaux bacheliers, cette réussite est l’aboutissement de plusieurs années d’efforts. Ils ont effectué leur parcours scolaire aux côtés des élèves voyants, malgré les difficultés liées à leur handicap.
« J’ai commencé mes études dela classe de 6 ème jusqu’au baccalauréat, et j’ai finalement réussi à obtenir mon diplôme. Comme vous pouvez l’imaginer, cela n’a pas été une petite épreuve », témoigne l’un des élèves.
Mais cette réussite ne constitue qu’une étape. Désormais, ces jeunes souhaitent poursuivre leurs études à l’université. Une ambition qui se heurte déjà à de nombreuses interrogations. « Pour l’université, nous espérons pouvoir bénéficier d’un accompagnement. Parce que s’il n’y a pas cette aide, tous les efforts que nous avons consentis risquent d’être réduits à néant », explique une élève.
Déplacements, équipements : les obstacles de l’université
Pour les étudiants vivant avec un handicap visuel, l’accès à l’enseignement supérieur ne dépend pas uniquement de leurs résultats scolaires. Les conditions d’accueil et d’accompagnement constituent également un facteur déterminant.
Mahamadou Moustapha Ibrahima, lui-même malvoyant et chargé de l’encadrement des élèves vivant avec un handicap visuel au CES Bagalam, déplore notamment le manque d’accès aux opportunités pour les étudiants en situation de handicap.
Selon lui, certains pays proposent chaque année des bourses d’études à des étudiants nigériens, mais ces opportunités ne bénéficient pas toujours aux jeunes vivant avec un handicap visuel.
Il estime que ces étudiants devraient pourtant avoir les mêmes chances que les autres dès lors qu’ils remplissent les conditions requises. « Ces jeunes sont eux aussi des citoyens à part entière, au même titre que les autres. Ce sont des étudiants qui ont fait les efforts nécessaires et qui ont réussi leurs études », souligne-t-il.
Au-delà des bourses, la question des déplacements reste également préoccupante. Une fois admis à l’université, ces jeunes peuvent avoir besoin d’un accompagnement pour se déplacer, accéder aux salles de cours ou utiliser certains équipements.
Un appel à l’État et aux organisations
Le responsable du CES Bagalam, Assoumane Amadou, appelle les autorités et les personnes de bonne volonté à ne pas laisser ces jeunes seuls au moment où ils s’apprêtent à franchir une nouvelle étape de leur parcours.
Selon lui, le problème se pose particulièrement lorsque ces étudiants doivent quitter Maradi pour poursuivre leur formation. « Ces jeunes ne connaissent personne à Niamey, à Tahoua ou dans les autres régions. Alors, lorsqu’ils doivent se rendre dans ces villes pour poursuivre leurs études, comment vont-ils faire ? », s’interroge-t-il.
Il appelle ainsi l’État à poursuivre son soutien et invite également les ONG et les associations à apporter leur contribution afin de permettre à ces nouveaux bacheliers de poursuivre leurs formations dans de bonnes conditions.
À Maradi comme dans d’autres régions du Niger, la question de l’accès des personnes vivant avec un handicap à l’enseignement supérieur demeure donc un véritable défi.
Pourtant, la réussite de ces six élèves au baccalauréat démontre que le handicap visuel ne constitue pas une limite à la réussite scolaire. Pour ces jeunes, le prochain défi est désormais de transformer cette réussite en véritable opportunité d’études, de formation et d’insertion professionelle.
Illia Moumouni

