
La charité et l’entraide: pourquoi certains citoyens constatent un recul de l’entraide.
Donner à celui qui est dans le besoin, partager avec son prochain ou venir en aide à une personne en difficulté : ces gestes ont longtemps été considérés comme naturels dans la vie quotidienne. Pourtant, certains citoyens estiment aujourd’hui que la charité et l’entraide tendent à reculer au sein de la société.
Difficultés économiques, perte de confiance et changements de comportements, les raisons évoquées sont nombreuses. Mais pour les acteurs sociaux et religieux, la solidarité demeure un levier essentiel pour réduire la pauvreté et renforcer la cohésion sociale.
Pour Moussa, d’une trentaine d’années, le constat est sans appel. Selon lui, les personnes les plus aisées apportaient autrefois davantage leur soutien aux personnes vivant dans la précarité.
« La charité a bien diminué ces derniers temps. Quand vous prenez les années antérieures, les plus aisés assistaient bien les plus démunis », affirme-t-il.»
Moussa explique cette situation notamment par un manque de confiance qui s’est progressivement installé entre les membres de la société.
« Tu peux assister une personne avec un fonds de roulement pour une activité, mais au final, cela devient un problème entre vous », regrette-t-il.»
Il souligne toutefois que certains jeunes parviennent aujourd’hui à se débrouiller par leurs propres moyens. Mais, dans les quartiers, de nombreuses personnes restent confrontées à de grandes difficultés financières.
« Il ne manque quand même pas dans les quartiers des personnes qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. C’est elles qui doivent bénéficier de la charité », insiste Moussa.
La charité, un système qui peut réduire la pauvreté
Pour le prédicateur Cheikh Abou Saley, de l’Agence des musulmans d’Afrique, la charité ne constitue pas seulement un geste individuel. Elle représente, selon lui, un véritable mécanisme social et économique capable de contribuer à la réduction de la pauvreté.
« Si elle est appliquée dans une société musulmane, la charité permet de réduire la pauvreté », explique le prédicateur.
Selon lui, la solidarité contribue à bâtir une société où la fraternité est renforcée et où les personnes les plus vulnérables peuvent bénéficier du soutien de la communauté.
Cheikh Abou Saley met également en avant l’impact économique de la charité.
« Elle permet au plus pauvre d’avoir un revenu, de quoi subvenir à ses besoins. Le commerce peut alors prospérer, la productivité augmenter et la pauvreté réduire », souligne-t-il.
Le prédicateur appelle par ailleurs à une meilleure organisation des mécanismes de solidarité prévus dans les enseignements islamiques, notamment la zakat. Il plaide pour une collecte et une redistribution plus structurées de la zakat afin que celle-ci puisse profiter davantage aux personnes démunies.
« C’est une nécessité pour nos États musulmans de revoir notre manière de vivre, notamment dans le volet de la charité », estime-t-il.
Dans une société confrontée à de nombreuses difficultés, la solidarité reste ainsi un moyen essentiel de renforcer les liens entre les communautés. Si les formes de générosité évoluent, Moussa comme Cheikh Abou Saley s’accordent sur un point : l’aide aux personnes les plus vulnérables demeure une responsabilité collective, à laquelle chacun peut contribuer selon ses moyens.

