
Burkutu : une bière traditionnelle à l’épreuve du temps dans la région de Maradi
« Le burkutu, c’est une bonne boisson. » et quand il en boit, « il se sent bien dans [son] corps et éprouve de très bonnes sensations. Mais le Burkutu d’autrefois était différent : quand j’en buvais, cela me faisait un peu tourner la tête. Aujourd’hui, on peut en boire plus tranquillement, car on se sent à l’aise après l’avoir consommé »
À l’occasion de la Journée mondiale consacrée à la sensibilisation aux effets de la consommation d’alcool, l’attention est portée sur les habitudes de consommation au Niger. Si la consommation de bière a fortement reculé dans les centres urbains, elle demeure une pratique bien ancrée dans certaines zones rurales, notamment à travers le burkutu, une boisson traditionnelle fermentée à base de céréales.
Au marché d’El Koshé, situé dans le village d’Ekoki, dans la commune de Jiratawa, le burkutu est préparé et commercialisé depuis une quinzaine d’années par Hasiya Isufu, âgée de 46 ans. La production réalisée par cette vendeuse est notamment écoulée sur les marchés de Tibiri, Bamo et El Koshé.
La préparation de cette boisson traditionnelle suit plusieurs étapes selon Hasiya qui explique que « Les céréales sont d’abord trempées dans l’eau pendant une journée avant d’être égouttées. Elles sont ensuite malaxées, étalées et conservées pendant deux jours. Au troisième jour, elles sont récupérées puis étalées sur une bâche pour être séchées au soleil. Une fois séchées, elles sont moulues afin d’obtenir de la farine, qui est ensuite cuite dans une marmite jusqu’à ébullition. »
Une bière consommée pendant les cérémonies
À l’occasion des mariages, des baptêmes et d’autres cérémonies, des commandes importantes sont passées auprès de la productrice afin que le Burkutu soit partagé entre les familles, les amis et les connaissances. Selon les besoins, des quantités pouvant représenter entre 5 000 et 10 000 francs CFA sont produites. Elle affirme que les familles en payent en « grande quantité pour accueillir les parents, les amis et les connaissances, qui viennent partager la boisson et célébrer l’événement dans la joie et la convivialité », précise-t-elle.
Au fil des années, la concession de Hasiya Isufu est ainsi devenue un lieu de rencontre pour certains consommateurs du Burkutu. Parmi eux figure Oumarou Mati, cultivateur âgé de 66 ans, qui vient du village de Turubudi pour en consommer au marché d’El Koshé. Trois tasses lui sont servies pour un montant total de 60 francs CFA. Pour lui « Le burkutu, c’est une bonne boisson. » et quand il en boit, « il se sent bien dans mon corps et éprouve de très bonnes sensations. » il ajoute « Mais le Burkutu d’autrefois était différent : quand j’en buvais, cela me faisait un peu tourner la tête. Aujourd’hui, on peut en boire plus tranquillement, car on se sent à l’aise après l’avoir consommé », témoigne-t-il.
Une boisson ancrée dans la tradition
Autre habitué des lieux, Yahaya, âgé de 70 ans, affirme que sa consommation de burkutu remonte à plus de trois décennies. Sa consommation est décrite comme une habitude ancienne, intégrée à son quotidien. « Aujourd’hui, je viens d’en boire et je me sens bien. Quand j’arrive au cabaret, je prends d’abord une première mesure, puis je me repose un moment pour laisser la boisson faire son effet. Ensuite, je reprends la même quantité pour me sentir davantage en forme », raconte-t-il.
L’attachement à cette boisson traditionnelle est également exprimé par Salihu, fils d’un producteur d’alcool traditionnel. La consommation du Burkutu est présentée par ce dernier comme une pratique qui accompagne régulièrement ses déplacements. Il le confie en ces termes : « Je suis un grand consommateur du burkutu préparé par Hasiya. Même si j’arrive au village sans avoir d’endroit où passer la nuit, je peux venir chez elle. Je lui donne de l’argent pour qu’elle me serve deux ou trois mesures de bière, que je partage ensuite avec ceux qui m’accompagnent ».
Malgré cette consommation qui demeure présente dans certaines communautés rurales, les risques liés à l’alcool pour la santé sont largement reconnus. Concernant spécifiquement le Burkutu, les effets de sa consommation sur la santé mériteraient toutefois d’être davantage documentés par des études scientifiques. Cette boisson est généralement préparée à partir de céréales, notamment du mil et du sorgho.
Par Mahamadou Maman

