
Maradi : quand les femmes portent seules le poids des charges familiales.
À Maradi, certaines femmes assument seules une grande partie des dépenses de leur ménage, en raison d’une répartition déséquilibrée des responsabilités entre conjoints. Entre difficultés financières, frustrations et tensions conjugales, cette situation affecte leur quotidien et peut également avoir des conséquences sur leurs enfants.
Des femmes confrontées à une lourde pression financière et psychologique :
Dans plusieurs foyers de Maradi, les dépenses alimentaires, la scolarité des enfants et les autres besoins familiaux reposent essentiellement sur les femmes. Certaines sont contraintes de développer de petites activités génératrices de revenus pour assurer leur propre subsistance et celle de leurs enfants.
C’est le cas d’une femme rencontrée, qui explique devoir se débrouiller seule face aux charges familiales.
« Depuis la naissance de notre enfant, son père ne lui a payé des habits qu’une seule fois. Ma grande sœur m’envoie du parfum que je revends. C’est ainsi que j’arrive à subvenir à mes besoins et à ceux de mon enfant », témoigne-t-elle.
Pour Haoua Boubacar, une autre femme de ménage, cette situation peut provoquer des frustrations, une souffrance morale et un besoin permanent de se confier. Elle souligne également les répercussions possibles sur les enfants, notamment lorsque les ressources financières de la mère ne suffisent plus à couvrir leurs besoins essentiels.
« Lorsque le père ne prend pas ses responsabilités, c’est la femme qui s’arrange pour nourrir ses enfants. Si elle trouve de quoi les nourrir, tant mieux. Dans le cas contraire, certains enfants sortent chercher eux-mêmes de quoi se nourrir, et ce, par tous les moyens », explique-t-elle.
Des tensions conjugales qui peuvent conduire à la séparation :
Au-delà des difficultés économiques, le déséquilibre dans le partage des responsabilités constitue également une source de conflits au sein des ménages.
Le Kadi du Sultanat de Maradi, qui reçoit régulièrement des plaintes conjugales, affirme que les questions liées au manque de ressources financières figurent parmi les motifs fréquemment évoqués par les femmes.
« Sur dix femmes reçues, elles te diront toutes que leurs problèmes sont liés au manque de subsistance. Lorsqu’elles se plaignent auprès de leurs maris, ceux-ci vont les insulter. Quand elles leur rendent la pareille, ils commencent à les frapper », rapporte-t-il.
Face à ces situations, le dialogue, le partage équitable des responsabilités et la recherche de solutions communes peuvent contribuer à réduire les tensions. Lorsque les difficultés persistent ou que des violences surviennent, l’accompagnement de professionnels qualifiés et le recours aux services compétents restent importants.
Sarah Issoufou.

